Mayotte est une île idéale pour les amoureux de la nature et où on prends plaisir à contempler le spectacle de la faune et de la flore. Une des star de l’île, c’est bien entendu la tortue marine. Il existe deux espèces de tortues marines résidant au sein du lagon mahorais, la tortue verte (de son petit nom latin : Chelonia mydas) et la tortue imbriquée (avec son petit nom latin : Eretmochelys imbricata…le savoir fait plutôt genre dans une conversation^^!).

Si on est motivé (et dans ce type de cas, généralement, la motivation n’est pas un problème), il est possible de pouvoir participer à un spectacle enchanteur, la ponte des tortues marines !

Si je parle de motivation, c’est que la ponte a lieu généralement de nuit, au moment de la marée haute. Donc cela peut être à 21h le soir si la marée est haute à ce moment là…soit à 3h du matin, dans ce cas, penser à mettre un réveil. Bien entendu, ce n’est pas une science exacte (cela serait trop beau^^!), ainsi certaines peuvent monter le jour sur la plage…

Les tortues possèdent des poumons et ont donc une respiration aérienne…un des vestiges de leur ancêtre terrestre.

Perpétuer le cycle de la vie

Le cycle de vie des tortues marines, fait qu’elles viennent pondre sur les plages tout les 3-4 ans environ. Entre deux pontes, donc pendant plusieurs années, elles sont en phase d’alimentation, elles constituent des réserves afin de pouvoir accomplir la longue migration les amenant sur leur lieu de ponte et pouvoir l’accomplir.

Les tortues marines sont en effet des espèces migratrices ayant un site d’alimentation différent de leur site de reproduction. Une fois leur phase d’alimentation achevée, les tortues à la fois mâle et femelle partent pour un site de reproduction pendant une période d’environ trois mois. Ce sera sur ce deuxième site que les tortues vertes se reproduiront, et où les femelles monteront sur la plage de préférence de nuit et à marée haute afin d’aller déposer leur œufs. Les œufs déposés au sein du nid sont entre 100 et 200. Lorsque les tortues femelles viennent pondre, elles creusent un premier grand trou grâce à leurs pattes antérieurs, c’est la cavité corporelle. Une fois les tortues bien installées dans cette cavité, ce qui leur permet d’être un peu camouflées, elles creusent un deuxième trou grâce cette fois à leurs pattes postérieures. Ce second trou est le puits de ponte et c’est dedans que seront déposés les œufs. Celui-ci est donc étroit et profond. Quand aux œufs, ils sont assez fragiles et poreux afin de permettre les échanges gazeux (faut bien que l’embryon respire) une fois qu’ils seront recouvert de sable. Ils ne sont par contre pas cassant (pas comme les œufs de poule) ce qui évite qu’ils puissent se briser lorsqu’ils tombent dans le puits de ponte.  La profondeur du nid se situant entre 30 et 60 cm.

Le saviez vous ?

Chez les tortues marines, la fécondation n’est pas immédiate après la reproduction. Les femelles vont s’accoupler avec différents mâles et garder les spermatozoïdes dans une poche spéciale, la spermathéque. La fécondation arrivera quelques jours plus tard. Ainsi, les œufs déposés dans un même nid, n’auront pas tous la même origine paternelle. Ceci permet ainsi un brassage génétique plus important.

Au cours de cette période de reproduction, la femelle pourra pondre environ trois fois.

Présentation des deux espèces de tortues marines présentes à Mayotte

Nous avons donc deux espèces résidentes dans les eaux mahoraises. La tortue verte et la tortue imbriquée.
La tortue verte est une tortue plus grosse que la tortue imbriquée, ayant une carapace de plus de 100 cm (1m) de long à l’âge adulte et pouvant peser jusqu’à 250kg. Cette tortue possède un bec arrondis et peu prononcé. Si on regarde une tortue verte entre les deux yeux, on remarque la présence de deux écailles préfrontales. De plus, les tortues vertes présentes au niveau de leurs pattes natatoires une seule griffe.

Une tortue verte broutant tranquillement sur l’herbier

Pour ce qui est de la tortue imbriquée, elle est plus petite est son poids dépasse rarement 80kg. Elle possède un bec assez pointu ce qui lui permet et lui donne la force de casser les coraux afin d’atteindre son alimentation (tels que éponges, petits crustacés, étoile de mer…). Si on la regarde entre les deux yeux, on observe ici quatre écailles préfrontales. Elles possèdent au niveau de leurs pattes natatoires antérieures deux griffes.

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Une tortue imbriquée sur un récif corallien…surement à la recherche de sa nourriture!

Voilà en gros pour les présentations et pour pouvoir les reconnaître plus facilement (bon il faut quand même un peu d’entraînement, parfois reconnaître une jeune tortue verte, ce que l’on appellera alors une juvénile, par rapport à une tortue imbriquée peut être un peu compliqué).

Silence…elle arrive

Il est 4 heures de matin cette nuit là et une masse sombre surgit de l’eau, avançant péniblement, soufflant, haletant, la montée est difficile. Une femelle tortue verte monte lentement et péniblement sur la plage dont les écailles luisent fébrilement au clair de lune.

Même si les tortues sont marines, elles sont obligées de venir pondre sur la terre ferme. Héritage de leur ancêtre terrestre.

Elle quitte lentement la frange d’écume et je peux l’entendre respirer lentement, péniblement, l’impression qu’une personne en insuffisance respiratoire essaye de faire un marathon.
Et oui, il faut bien s’imaginer que les tortues vertes, voit leur masse écraser leurs organes lorsqu’elles se retrouvent sur la terre ferme, oppressant donc également leur système respiratoire.

Une lente montée suivie de la mise en place du nid.

Une fois arrivée au somment de la plage, en limite de végétation, là ou par instinct, elle sait que s’il y a des végétaux c’est que l’eau de mer n’atteint pas cette zone, et que donc son nid ne pourra être menacé, elle commence un long travail de terrassement et entreprend de creuser un puits dans le sable. Ce puits d’une cinquantaine de centimètre de profondeur se voit donc recevoir une centaine d’œufs. Puis ensuite, consciencieusement, elle va le reboucher et reprendre le chemin de l’océan.

En ce qui concerne le nid, c’est parti pour 2 mois d’incubation. 2 mois durant lesquels les embryons vont se développer afin de donner une petite tortue.
En attendant, personne pour prendre soin d’eux, pas de veille maternelle, c’est donc seule que les petites tortues devront faire leurs armes dans la vie.
Seul le sable est un paramètre important car il permet de maintenir une température idéale. Dans les couches les plus chaudes, au delà de 28°C, naîtront des femelles. En dessous de cette température, ce sera des mâles. Ainsi les œufs qui se trouvent le plus au centre, sont généralement plus au chaud et donneront des femelles, les œufs périphériques des mâles.

Quelques recommandations

Si vous devez assister à une ponte, ne prenez pas de lumière, et surtout n’éclairez pas la plage, cela va les faire fuir!

De même, les lumières sur les plages de nuits peuvent déstabiliser et désorienter les bébés tortues s’il y a la sortie d’un nid.

Ne faites pas de bruit…soyez discret !

Ne barrez pas la route des tortues, ne vous mettez pas en travers de son chemin.

Ne faîtes rien qui pourrait la déranger ou la perturber.

Renseignez vous bien sur le comportement à adopter!

Menaces et tortues

Les tortues marines sont des espèces protégées par plusieurs conventions, dont celle de Washington qui interdit notamment sa commercialisation et son transport. Cependant, elles sont malheureusement victimes de braconnage notamment pour sa chair. Si on ajoute à cela plusieurs autres problèmes tels que la pollution (plastique, chimique…), le bétonnement des plages, la prédation sur les œufs (notamment par les chiens errants) ou encore la pêche accidentelle et leurs morts par noyade ou bien les collisions avec des bateaux notamment les jets skis, tellement rapides qu’elles ont du mal à les éviter à temps, on comprends mieux pourquoi il est important de les protéger et surtout de faire en sorte qu’elles puissent accomplir leur cycle de vie correctement.

Et au bout de 2 mois…l’émergence !!!

Parfois, la chance me sourit, c’est que je me suis dit la première fois que j’ai vu une émergence de petites tortues. L’émergence correspond au moment où les bébés tortues sortent du nid et atteignent la surface. J’observe alors c’est tortues miniatures s’élançaient dans une folle course afin de rejoindre à leur tour l’océan. Souvent celui-ci a lieu de nuit, mais ce n’est absolument pas une généralité. En fait, plutôt lorsque la nuit commence à tomber ou bien à l’aube. Elles dévalent la plage à une rapidité incroyable, surement aussi qu’à l’ordinaire, de nombreux prédateurs sont présents, chien, oiseaux, crabes…mais pas aujourd’hui, ma présence humaine les a surement fait fuir. Mais d’autres dangers les menacent une fois qu’elles auront rejoint l’océan. Celui-ci en effet est loin d’être sans danger. On sait que environ 1% des petites tortues atteindront l’âge de se reproduire…et reviendront pondre sur cette plage.

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La sortie du nid…toujours un grand moment !!!

Les organismes œuvrant pour les tortues marines sur Mayotte

Il en existe trois principaux :

Oulanga Na Nyambahttps://oulangananyamba.com/

Association qui pour but de promouvoir la protection des tortues marines par de la sensibilisation auprès des scolaires, des suivis des populations, des actes anti-braconnage, des sorties pontes.
C’est une association très active sur Mayotte…et qui va fêter ces 20 ans en 2018!!!

OTM (Observatoire des Tortues marines de Mayotte)

Keloniahttp://museesreunion.re/kelonia

Organisme de recherche basé à la Réunion, ils parrainent de nombreuses campagnes de recherche, si c’est dans vos compétences, pourquoi ne pas postuler…

Photo I
Il est possible de participer au programme de recherche et de découvrir la photo-identification

Ou voir les tortues

Il existe des dizaines de plages et même si potentiellement, elles peuvent toutes accueillir des pontes, je n’ai eu l’occasion d’en assister que sur certaines d’entres elles.

Sur petite terre : Moya 1 et Moya 2 ainsi que la plage de Papani

Sur grande terre : la Plage de N’Gouja et celle de Saziley (je précise que sur celle-là j’ai entendu parler de quelques cas d’agression…n’allez pas sur les plages seul !!!).

La plage de N’Gouja, une des plus belles de l’île. Elle possède un herbier au sein duquel vient s’alimenter des dizaines de tortues vertes. Et si vous avez un peu de chance, au niveau du tombant, il est possible de pouvoir croiser également des tortues imbriquées 🙂 !

 Bon voyage !!!

2 thoughts on “A la rencontre des tortues marines de Mayotte”

  1. C’est génial d’avoir pu approcher de ces tortues de près. J’aimerais beaucoup les observer aussi. Mais bon, ce sera difficile de me réveiller à 4 heures du matin. En tout cas, merci pour ces explications.

    1. Bonjour,

      Je rassure, il est possible de pouvoir les observer plus tôt 😉 !! Cela va dépendre de la marée notamment et qu’il fasse nuit. Bref, s’il fait nuit et que c’est marée haute, elles peuvent monter dès 18h 🙂 !!

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